Qu’est-ce que la fourbure ?

  • Il s’agit d’une perte de connexion entre les tissus du pied : le podophylle et le kéraphylle, normalement attachés, se séparent.
  • C’est une affection douloureuse, qui peut rapidement évoluer vers la chronicité
  • Elle peut concerner un ou plusieurs pieds
  • Les pronostics sportif et vital sont engagés !

D’où l’importance d’un diagnostic précoce, et surtout d’une prévention !!

Quelle est l’origine de la fourbure ?

  • Elle peut être d’origine inflammatoire, traumatique, mais dans plus de 90% des cas elle est d’origine endocrinienne

QUI SONT LES EQUIDES CONCERNES ?

La fourbure d’origine inflammatoire peut concerner tous les équidés (ânes, chevaux, poneys) adultes. Elle survient suite au passage de toxines dans le sang, après une maladie inflammatoire aigue : endométrite (rétention du placenta dans l’utérus après la mise-bas par exemple), bronchopneumonie, coliques, ou encore suite à l’ingestion d’une quantité excessive de granulés.

La fourbure d’origine traumatique peut aussi survenir après un « choc » répété sur le pied (course d’endurance), ou lors d’un appui prolongé sur un pied (cheval ayant très mal sur un membre, et reportant son poids sur l’autre membre).

La fourbure d’origine endocrinienne, beaucoup plus fréquente, ne concerne que certains équidés, et peut survenir dans deux cas :

  • Le syndrome métabolique (SME) : concerne les races rustiques (poneys, ânes, certains chevaux de race comme les Camargue, Lusitaniens…) ayant « génétiquement » tendance à prendre du poids avec peu de nourriture ; ces animaux deviennent obèses car ils ont accès à une quantité non limitée d’aliment, et présentent un taux anormalement élevé d’insuline dans le sang, ainsi qu’une résistance à l’insuline. C’est le cas du poney qui développe une fourbure à l’herbe de printemps, tandis que son voisin de pré le Pur Sang ne présente pas d’obésité ni de fourbure !!
  • Le syndrome de Cushing : il concerne les chevaux et ânes prenant de l’âge (généralement à partir de 15 ans). Cette maladie est associée à un dérèglement hormonal secondaire à un stress oxydatif touchant une glande située dans le cerveau (hypothalamus), qui ne contrôle plus l’hypophyse. Une sécrétion anormalement élevée d’hormones par la « Pars Intermedia » de l’hypophyse s’ensuit, à l’origine de multiples signes cliniques dont certains sont caractéristiques comme un poil hirsute, une fonte musculaire, de la léthargie, des infections répétées, des troubles de la fertilité… la fourbure n’est pas un signe clinique constant mais lorsqu’elle est présente elle diminue le pronostic vital de l’animal. Là aussi, la fourbure est liée à une augmentation de l’insuline dans le sang, mais attention, elle n’est pas liée à l’alimentation ni à l’obésité, sauf si l’animal cumule les deux syndromes, ce qui est possible !

Cheval atteint de syndrome métabolique équin : dépôts graisseux généralisés (croupe, garrot, chignon), fourbure chronique.

Poney atteint de syndrome de Cushing et de fourbure aigue

Comment diagnostiquer
une fourbure ?

Un cheval fourbu présente une douleur plus ou moins intense lorsqu’il se déplace : il marche « sur des œufs », doucement, les antérieurs en avant, les postérieurs sous lui (s’ils sont aussi concernés). Les pieds sont chauds, les pouls digités (que l’on peut sentir en arrière des boulets) sont frappés. Le cheval passe plus de temps couché pour se soulager les pieds, et refuse parfois de se lever et de marcher.

Des radiographies peuvent être effectuées pour déterminer la sévérité de la fourbure : plus elle est chronique ou sévère, plus la position de la troisième phalange au sein de la boite cornée est modifiée.

La troisième phalange est normalement attachée dans le pied grâce aux adhérences entre le podophylle et le kéraphylle, mais en cas de fourbure la troisième phalange n’est plus maintenue et « descend » dans le pied, et « bascule » vers l’arrière par la force de traction du tendon fléchisseur du pied qui s’y attache. Une perte de vascularisation du pied s’installe, ce qui peut être mis en évidence par un phlébogramme (injection de produit de contraste dans un vaisseau du pied).

Comment diagnostiquer
une fourbure d’origine endocrinienne ?

Si votre équidé présente tous les signes de fourbure (2 ou 4 pieds), et qu’il ne souffre d’aucune autre affection (colique, métrite…) c’est que l’origine est très probablement endocrinienne !

Dans ce cas, il faut réaliser un dosage de l’insuline dans le sang, qui permet également de suivre le traitement et de donner une valeur pronostique.

Si votre équidé a plus de 10 ans, il est également recommandé de doser l’ACTH, qui permet de détecter un syndrome de Cushing, car les deux maladies peuvent coexister.

Schéma de la mécanique du déplacement de la troisième phalange et bascule au sein de la boite cornée.

Phlebogramme montrant une perte de vascularisation de la partie dorsale du pied. Bascule et descente de la troisième phalange au sein de la boite cornée.

COMMENT TRAITER UNE FOURBURE ?

Traitement symptomatique :

La fourbure aigue est traitée par :

  • des anti-inflammatoires (phenylbutazone, flunixine sont les plus efficaces).
  • des soins de pieds : parage de la pince, soutien des fourchettes et des talons en phase aigue, fers adaptés (à l’envers par exemple) en phase chronique.
  • de la cryothérapie (pieds dans la glace, guêtres refroidissantes jusqu’à -10°).

Traitement de la cause :

  • Fourbure inflammatoire : traitement antibiotique, lavage utérin en cas de métrite…
  • Syndrome métabolique : perte de poids, activité physique dès que la douleur est atténuée
  • Syndrome de Cushing : comprimés de pergolide (Prascend®) par voie orale

COMMENT FAIRE MAIGRIR UN PONEY TROP GROS EN FOURBURE ?

Il est difficile (voire impossible) de faire maigrir un animal vivant à l’herbe, y compris lorsque celle-ci est coupée à ras. De la même façon, il ne sert à rien de laisser un panier de jeun et de le retirer quelques heures pour laisser manger l’animal… il compensera en peu de temps ce qu’il n’a pas pu ingérer la journée !

En cas de fourbure, un régime draconien s’impose :

  • Mettre l’animal au box avec une litière confortable pour qu’il puisse se coucher et reposer ses pieds
  • Lui donner du foin en quantité limitée et contrôlée : 1.25 à 1.5 % du poids de son corps par jour (4 kg de foin par jour pour un poney de 300 kg par exemple). Attention à bien respecter ces quantités et à ne pas instaurer une diète complète, au risque d’entrainer une dissémination des réserves de graisses dans le sang (hyperlipémie) qui peut être fatale !
  • Si le foin est trop riche, il peut être mis à tremper pendant une nuit pour diminuer la quantité de sucres qu’il contient
  • Il ne faut rien donner d’autre à manger ! pas de pommes, de carottes, de pain, de concentrés…
  • Une mesure hebdomadaire du tour de taille permet d’objectiver la perte de poids avant de réintroduire l’herbe

COMMENT EVITER QU’UN ANIMAL A RISQUE DEVELOPPE UNE FOURBURE ?

  • Il ne faut pas laisser les animaux à risque d’obésité prendre trop de poids pendant le printemps et l’été, et les laisser maigrir l’hiver (pas de concentrés, pas de couverture par temps froid…)
  • Il est important de réaliser une activité physique régulière ! cela permet de les faire maigrir et d’améliorer la sensibilité à l’insuline
  • Si la prise de poids est incontrôlée l’été (animal au pré), un traitement à la metformine peut être réalisé par voie orale matin et soir pour limiter l’absorption des sucres (à voir avec votre vétérinaire)
  • Il faut doser l’insuline régulièrement (attention certains animaux atteints de syndrome métabolique peuvent avoir une insuline basale dans les normes…dans ce cas il faut réaliser un test dynamique !)
  • Il faut surveiller les premiers signes d’apparition du syndrome de Cushing sur les chevaux prenant de l’âge (dosage tous les 6 mois à un an de l’ACTH et de l’insuline)