La castration du cheval est un acte qui vise à retirer les capacités du cheval à se reproduire en retirant les testicules afin de supprimer la production des hormones sexuelles (notamment la testostérone) et de spermatozoïdes.

POUR QUELLES RAISONS CASTRER UN CHEVAL ?

En général, il s’agit tout simplement du choix du propriétaire ou de l’éleveur de ne pas mettre son cheval à la reproduction et donc d’éviter la contrainte de garder un cheval entier. Même s’il est parfois possible de garder certains entiers avec d’autres hongres, la plupart ont un « caractère » trop fort pour rester avec d’autres chevaux. La seule mise au pré ou au paddock peut être source de problème (destruction des clôtures, dépense d’énergie…).

Également, certains entiers se révèlent difficilement exploitable. Leur « surexcitation » en box et sur les paddocks des concours peut les fatiguer au point de diminuer leur potentiel sportif.

Enfin, la castration va permettre de retirer les chevaux atteints de pathologies héréditaires de la reproduction, et donc de tenter de limiter la propagation de ces pathologies.

L’ANATOMIE :

Les testicules se trouvent dans le sac scrotal. Ils descendent de la cavité abdominale à travers 3 anneaux :

  • L’anneau inguinal externe délimité par le muscle oblique externe
  • L’anneau inguinal interne délimité par le muscle oblique interne et le muscle droit de l’abdomen
  • L’anneau vaginal, repli du péritoine qui va former la vaginale venant entourer les testicules

Le testicule est formé de plusieurs parties

  • Le testicule en tant que tel qui permet la formation et le stockage des spermatozoïdes
  • L’épididyme qui permet la maturation des spermatozoïdes
  • Le canal déférent qui permet la libération des spermatozoïdes
  • Les vaisseaux sanguins

Le muscle crémaster est un muscle à contraction volontaire situé en périphérie de la vaginale et qui permet une remontée des testicules dans le sac scrotal.

LA FORMATION DU TESTICULE

Les gonades sont les premiers organes à se former, les testicules se formant dès le 40ième jour de gestation. Ils augmentent rapidement de taille pour avoir quasiment leur taille adulte au 5ième mois de gestation.

A partir de 8,5 mois de gestation, leurs tailles diminuent, pour être 10 fois plus petit au 10ième mois de gestation qu’au 5ième. Ils débutent alors leur migration vers les anneaux inguinaux par rétraction du gubernaculum testis, un ligament qui relie le testicule et le scrotum, et passent dans les anneaux inguinaux entre 270 et 300 jours de gestation.

LA DESCENTE DES TESTICULES

À la naissance, les testicules se situent entre la cavité abdominale et le scrotum, au niveau des anneaux inguinaux qui sont très larges.

L’anneau vaginal se contracte dans les premières semaines de vie du poulain pour faire environ 1 cm de diamètre. A ce moment-là, si un ou les 2 testicules se trouvent encore dans l’abdomen, ils ne pourront plus descendre dans le scrotum. Le cheval sera alors cryptorchide abdominal.

Si les testicules se trouvent dans le canal inguinal, ils pourront continuer leur descente jusqu’au scrotum, descente qui doit être complète avant 18 mois. Après 18 mois, si un ou les 2 testicules restent dans le canal inguinal, le cheval sera cryptorchide inguinal.

LE ROLE DES TESTICULES

Les testicules permettent la formation, et la maturation des spermatozoïdes, qui seront relargués et acheminés jusque dans l’urètre par le canal déférent.

Ils permettent également la sécrétion d’hormones sexuelles, notamment la testostérone.

Où CASTRER ?

L’intervention chirurgicale doit se dérouler dans un endroit « propre », avec un espace suffisant et sécuritaire à la fois pour le cheval et le vétérinaire (travail de contention ou zone suffisamment dégagée). Dans le cas d’une intervention plus complexe comme un cheval cryptorchide, ou un cheval âgé nécessitant une castration dite chirurgicale avec suture des plaies, celle-ci se déroulera dans un bloc opératoire au sein d’une clinique vétérinaire ou d’un CHVE.

QUAND CASTRER ?

Il est possible de castrer un cheval dès lors que ses testicules sont descendus.

Il n’y a pas de limite d’âge mais plus le cheval sera castré tard, plus il aura une imprégnation hormonale importante. Le caractère « étalon » pourra alors persister mais de façon moins marquée.

De plus, il est préférable de réaliser l’intervention en saison froide afin d’éviter la chaleur qui est propice aux gonflements post-opératoire, mais également pour limiter les risques d’infection liés aux mouches.

En fonction de l’âge du cheval et de son activité, différentes techniques peuvent être utilisées.

Photo 2 - enflure

Enflure

COMMENT CASTRER ?
LES MOYENS D’HEMOSTASE

La pince à castrer

C’est le moyen le plus largement utilisé pour obtenir l’hémostase et la retrait du testicule. Il s’agit d’une pince à 3 mors que l’on va appliquer sur le cordon vasculaire. Certaines sont dotées de lame pour couper en même temps le testicule.

La pince est laissée en place le temps que l’hémostase se fasse (de 1 à 5 minutes)

Certains vétérinaires « sécurisent » l’hémostase an appliquant des ligatures en plus de la pince. Cela permet de la laisser en place moins longtemps.

Il est primordial d’appliquer la pince du bon côté, car elle possède un côté écrasant, et un côté coupant.

L’utilisation d’une perceuse : technique de Henderson

Une pince est serrée sur le cordon à la base du testicule et branché sur une perceuse. La rotation de la pince permet d’écraser les vaisseaux sanguins et de retirer le testicule par arrachement.

Cette technique est très rapide, et entraîne peu d’enflure post-opératoire.

Peu de complications sont rapportées, cependant, plusieurs cas d’éviscération ont été rapportées chez les trotteurs avec cette technique. Il est préférable de ne pas l’utiliser avec cette race de chevaux.

LES DIFFERENTES TECHNIQUES DE CASTRATION :

Castration plaie ouverte :

Après nettoyage et désinfection du scrotum, de l’anesthésie locale est injectée dans le testicule et éventuellement sur la peau au niveau du site d’incision.

Le testicule est dégagé et émasculé.

La ou les incisions cutanées sont laissées ouvertes pour favoriser le drainage.

La technique est assez rapide, et peut être réalisée debout ou sous anesthésie générale, que ce soit à l’écurie ou en clinique.

Il est nécessaire que le cheval marche en post-opératoire pour favoriser le drainage, le cheval ne pouvant reprendre le travail qu’une fois les plaies refermées après 2-3 semaines.

Elle est contre-indiquée sur les chevaux de plus de 5 ans du fait d’une augmentation des risques d’éventration due à la taille de leurs anneaux. Les risques de saignements et d’infection sont également plus importants qu’avec une technique fermée.

Castration chirurgicale fermée :

Cette intervention est réalisée au bloc opératoire dans les règles strictes d’asepsie.

Après extériorisation et retrait du testicule, les incisions cutanées sont suturées, permettant une guérison et un retour au travail plus rapide.

Les risques de saignement sont moindres, ainsi que les risques d’éviscération. En cas de hernie, les intestins vont rester sous la peau et ne vont pas être en contact directement avec le sol.

La nécessité d’une anesthésie générale et d’une intervention strictement aseptique la rendent plus onéreuse qu’une intervention « plaies ouvertes ».

Cependant, les cheval retournent au travail plus rapidement (après une semaine), et est la technique de choix pour les chevaux âgés (>5 ans), les chevaux ayant fait la monte ou les chevaux avec de gros cordons testiculaires.

Castration par laparoscopie :

C’est une technique minimale invasive qui consiste à insérer une caméra dans l’abdomen et ligaturer les vaisseaux directement dans la cavité abdominale. Les incisions sont très petites (1cm de long), permettant un temps de convalescence très court. Elle peut être réalisée debout sous sédation si l’intervention est nécessaire sur un seul testicule, ou sous anesthésie générale si les 2 testicules doivent être retirés.

Cette intervention nécessite un matériel spécifique et ne peut être réalisée qu’en clinique vétérinaire. 

Laparoscopie

Laparoscopie

Dans le cas d’une ligature de cordons de testicules descendus dans le scrotum, il a été rapporté la présence de vascularisation dite aberrante, c’est-à-dire ne passant pas directement par le canal inguinal. De ce fait, la ligature des vaisseaux dans l’abdomen ne permettra une nécrose complète du testicule, et une production hormonale pourra persister entraînant une persistance des comportements d’étalon.

Castration chimique (vaccination) :

Elle consiste en l’administration d’une hormone anti-GnRh qui va diminuer la production de testostérone. Le testicule est conservé. Il convient de réaliser 2 injections à 1 mois d’intervalle, puis tous les 4 à 6 mois.

Le processus est réversible, c’est-à-dire que si l’administration n’est pas faite, la testostérone va être à nouveau produite et le cheval va rester fertile. Cependant, lors d’administration à long terme, une perte de la fertilité a été rapportée chez certains chevaux.

Le coût de chaque administration est relativement élevé. Le coût de revient de deux ans de castration chimique est équivalent au coût d’une castration chirurgicale.

LES COMPLICATIONS DE LA CASTRATION :

La castration chez les équidés est une intervention chirurgicale considérée comme « simple » mais elle présente des complications qui peuvent être MAJEURES.

La castration est généralement réalisée sur des jeunes chevaux, plus ou moins manipulés. Les risques pour les manipulateurs d’intervenir au niveau des postérieurs de ces chevaux, même sédatés.

En cas d’intervention sous anesthésie générale, certains chevaux peuvent faire des réactions aux produits anesthésiants ou avoir des problèmes lors du réveil, même si cela est très rare.

Les complications principales liées à la technique sont la présence d’enflure post-opératoire, de séroma (accumulation de liquide ou de sang), un saignement, une infection locale ou du cordon (funiculite), ou une hernie (épiploon, intestins). À savoir que la hernie d’intestin est une URGENCE VITALE !

Que faire en cas de hernie ?

La hernie apparaît généralement dans les quelques heures qui suivent l’intervention.

Le cheval doit être immédiatement référé en clinique, la gestion ne peut pas se faire à l’écurie. Des soins intensifs et une intervention chirurgicale sont nécessaire IMMEDIATEMENT.

Il faut empêcher que plus d’intestins ne sortent et qu’ils touchent le sol en les entourant avec un drap propre fixé sur le dos du cheval.

Conséquences :

Ce genre de complication entraine de lourdes conséquences, puisque le pronostic vital reste très réservé, du fait des risques de péritonite septique et d’adhérences intestinales.

LE CHEVAL CRYPTORCHIDE :

On parle de cryptorchidie dans le cas d’un cheval dont l’un des testicules n’est pas descendu dans le scrotum (ou les deux). Chez les chevaux, on distingue le cryptorchide abdominal dont le testicule est retenu dans l’abdomen, et le cryptorchide inguinal dont le testicule est dans le canal inguinal.

Si le testicule gauche est absent, il y a 80% de chance qu’il soit dans l’adomen. Si c’est le testicule droit qui est absent, il y a 60% de chance qu’il soit inguinal. Dans le cas où les 2 sont absents, il y a 90% de chance que les 2 soient dans l’abdomen.

ÉVALUATION

Afin de déterminer le côté où se trouve le testicule, il faudra tranquilliser le cheval pour relâcher le muscle crémaster et réaliser une échographie de la région inguinale et abdominale.

L’INTERVENTION

Le retrait d’un seul testicule (celui qui est descendu) est déconseillé pour plusieurs raisons :

  • La cryptorchidie est héréditaire
  • Le cheval va continuer à produire de la testostérone et avoir un comportement d’entier
  • Nécessité d’une laparoscopie (plus onéreuse) pour retirer le 2° testicule
  • Conséquences pour les compétitions :
    • Si le cheval est enregistré castré mais qu’il reste du tissu testiculaire, il va continuer à produire de la testostérone. Lors de contrôle anti-dopage, il sera positif étant donné qu’il devrait avoir un taux bas comme les hongres.

MARCHE A SUIVRE

  • Jusqu’à quel âge attendre ?  18 mois
  • Est-ce que ça le gène ? Tout dépend de l’endroit où se trouve le ou les testicules… Si le testicule se trouve dans le canal inguinal cela va provoquer de la douleur au cheval. Si le testicule se trouve dans l’abdomen, alors il peut devenir tumoral.
  • Est-ce qu’il faut absolument intervenir ? Oui, cette pathologie est héréditaire et peut générer des tumeurs

CONCLUSION

La castration est une intervention bénigne et largement réalisée, cependant il faut faire attention aux différentes complications.

Vous pouvez retrouver cette article dnas le magazine de Cheval Partenaire.